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Al Jurjani rapporte dans son « Kitab al Ta’rifat » (Livre des Définitions)que la générosité c’est : « dans l’aisance, de donner d’une manière désintéressée » et le généreux est donc celui qui « accorde un bienfait sans chercher de compensation. Cette générosité (karam) est le don fait opportunément de manière désintéressée. Quiconque accorde un bienfait dans un but intéressé ou pour ne pas encourir un blâme n’est pas généreux. »

Il est donc clair que, contrairement à ce que l’on peut penser, cela fait partie intégrante de la générosité même de donner « sans rien désirer en retour », et ce n’est donc pas un degré élevé mais bel et bien la base même de cet acte qui prend racine dans le cœur et dans la sincérité.

Il est intéressant de noter que al Karam n’est pas répertorié comme une station spirituelle (maqam) dans les livres de références qui les énumèrent. Cela est probablement dû au fait que la générosité est une qualité nécessaire du musulman, qu’il soit réalisé ou non, et l’on peut même affirmer de façon claire qu’elle fait partie intégrante de la Foi. En effet, Sayyiduna Anas rapporte que l’Envoyé d’Allah
(paix et salut sur lui) a dit : « Nul ne sera un véritable croyant tant qu’il ne voudra pas pour son frère ce qu’il veut pour lui-même » ce qui, inévitablement, implique la générosité, car celui qui constate un manque d’une chose chez son frère, et qu’il a cette chose en quantité suffisante pour lui et sa famille, la lui donnera. Allah dit bien dans le 3ème verset de la Sourate al Baqara : « qui croient à l'invisible et accomplissent la Salat et dépensent de ce que Nous leur avons attribué » ce qui montre encore une fois que la générosité fait partie des bases même de la religion Musulmane. La Zakat, par ailleurs, est le 3ème pillier de l'Islam, et le fait de la donner avec une intention pure est un acte de générosité obligatoire pour tout musulman.

Cette attitude noble est rattachée au Nom Divin « al Karim ». Al Qadhi ‘Iyyad l’explique ainsi : « Celui qui accorde beaucoup de bien. On a dit aussi que ce Nom a le sens du Bienfaiteur, du Très-Haut, et de Celui qui Absout » Fakhr al Din Razi le grand théologien dans sa définition du terme dit que cela s’applique à « la chose dont les bienfaits sont nombreux » et explique que cela n’est véritablement valable que pour Allah car « Il est le principe (al mabda’) de la Réalité de tous les êtres créés, et l’Existenciateur de toutes les réalités adventices. […] Il "origine" le bienfait sans qu’il soit revendiqué comme un droit et Il octroie spontanément le bien sans demande. »

Il déclare également que la participation du serviteur à ce Nom Divin est « de ne pas tenir rigueur des péchés des pervers et d’étendre ses dons généreux à tous les êtres. » On a dit aussi que le généreux
(al Karim) est « Celui qui accorde abondement à celui qui donne et qui se comporte de la meilleur façon envers celui qui désobéit. »

C’est également un adjectif qui a été attribué au Saint Coran, et al Qadhi ‘Iyyad rapporte également que Allah a appliqué ce Nom au Saint Prophète (paix et salut sur lui) dans les versets 40 sourate 69, et 19 sourate 81 par les termes : « innahu laqawlu rasûlun karîmin » (c'est certes la parole d'un Noble Messager , car certes les bienfaits du Prophète salallahu 'alaihi wa salam et de sa parole sont innombrables.

Grand mérite et encouragement


Allah a dit :

« Tout ce que vous dépensez, Il vous le remplace » (s34 v39)

« Tout ce que vous faites comme bien Allah le sait parfaitement » (2 215)

« Tout ce que vous dépensez comme bien c’est pour vous-mêmes. Vous ne dépensez qu’en vue de la Face d’Allah. Tout ce que vous dépensez comme bien vous sera rendu et vous ne subirez aucune injustice Tout ce que vous dépensez comme bien, Allah le sait parfaitement. » (2 272-273)

« Celui qui fait du bien du poids d’un atome le verra » (99 7)

Allah dit également par la bouche de son Prophète
(paix et salut sur lui) dans un hadith authentique rapporté par Abu Huraira : « Dépense, ô fils d’Adam, et Je dépenserai pour toi. » (rapporté par as Shaykhayn) Ce hadith, et de nombreux autres, indiquent bien que la générosité est comme on l’a dit précédemment un acte de foi, car celui qui donne a la foi que ce qu’il a donné est bien peu par rapport à ce que son Seigneur a préparé pour lui dans l’Au Delà.

Anas ibn Malik rapporte que le Prophète
(paix et salut sur lui) a dit : « Lorsque Allah créa la terre, elle s’est mise à trembler. Il créa alors les montagnes et les fixa sur elle afin qu’elle se stabilise. Les anges s’étonnèrent alors de la puissance des montagnes et dire au Seigneur : « ô Seigneur ! Y’a-t-il, parmi Ta création, ce qui est plus puissant que les montagnes ? » Il répondit : « Oui, le fer » puis ils demandèrent si il y’a plus puissant et Allah leur répond le feu et ainsi de suite avec l’eau, puis le vent, puis enfin : « Oui, [plus puissant que le vent est] le fils d’Adam , qui donne une aumône avec sa main droite et la cache avec sa main gauche. » Rapporté par Tirmidhi avec une chaîne de transmission hassan. Les commentateurs disent que cela est du au fait qu’ « il y’a là une dérogation à l’âme incitatrice au mal et une lute contre les penchants de l’avarice et de la cupidité, comme Allah dit « L’homme est très avare » (s17 v100) C’est donc une victoire sur Shaytan et ses suggestions. »

Jabir rapporte : « Jamais on a demandé quelque chose au Messager d’Allah et qu’il ai dit non » Ce hadith nous montre l’étendue de la générosité du messager d’Allah, qui était donc sans limite…

Mais donner c’est également une protection et un moyen d’éviter les blâmes Divins, à condition de garder suffisamment pour assurer ses propres besoins et ceux de sa famille. En effet, selon Abou Oumama le Prophète
(paix et salut sur lui) a dit : « Ô fils d’Adam ! Il t’est préférable de donner ce qui dépasse tes besoins ; et si tu le gardes pour toi c’est un mal. Jamais on ne te reprochera de détenir ce qui répond à tes justes besoins. Quand tu donnes, commence par ceux qui sont à ta charge. La main supérieure vaut mieux que la main inférieure. » (Muslim)

Les diverses voies de la générosité.


Un hadith bien connu rapporté par Abu Dharr nous apprend que certains compagnons se sont plaint au Prophète
(paix et salut sur lui) : « Ô Messager d’Allah ! Les gens richissimes ont remporté les récompenses. Ils prient, jeûnent comme nous et pratiquent l’aumône volontaire avec le surplus de leurs richesses. » Le Prophète (paix et salut sur lui) répondit : « Allah ne vous a-t-il pas accordé de quoi faire l’aumône ? Chaque tasbih est une aumône, chaque takbir est une aumône, chaque tahmid est une aumône, chaque tahlilah est une aumône. Ordonner le bien est une aumône, proscrire le mal est une aumône, accomplir l’acte sexuel est une aumône. » (muslim) Ils s’étonnèrent de cette dernière parole, et il leur fut expliqué que si ils avaient satisfait leur désir dans l’illicite cela serait un péché, et que donc le satisfaire dans le licite mérite récompense. Dans une autre version il cite le fait de faire deux unités de prière au cours de la matinée (salat Duha).

Toujours selon lui, « Ne méprise aucune bonne action, si petite soit elle, comme le fait d’accueillir ton frère avec un visage souriant. » (Muslim)

Et selon Abu Horeira : « Tout organe de l’homme nécessite une aumône à chaque nouveau jour : tu arbitres équitablement entre deux personnes et voilà pour toi une aumône. Tu aides quelqu'un à s’installer sur sa monture, voilà pour toi une aumône. La bonne parole aussi est une aumône. Tu retires de la voie publique ce qui peut nuire aux passants, c’est pour toi une aumône. » (Muslim)

On retire de ces paroles que tout le bien accompli pour la Face d’Allah, du plus petit sourire, au dhikr, en passant par le bon conseil, le fait de signaler à son frère en privé et de la meilleure façon qu’il accompli un acte mauvais, le service des autres, voiler les défauts des autres, pardonner à celui qui nous a fait du tord, prier sur le prophète
(paix et salut sur lui) quand on l’entend cité comme le dit un autre hadith, c’est faire preuve de générosité. Dans une Voie Soufie, nous avons maintes occasions de mettre notre générosité à l’épreuve. Selon ses moyens en participant à la vie de la Zaouiyya, mais également en donnant de son temps en participant au travail de la Voie et la communication de l'Islam (da'wa), en faisant son dhikr individuel et en groupe, en ayant un bon comportement avec les foqara etc. Et encore une fois, pour être des actes générosités, ils ne doivent pas être motivés par un espoir de retour (bien qu’il y’en ai un) ni par un sentiment d’obligation.

Il est important de rappeler également que le nom « Budchichi » renvoi à l’acte de générosité de sidi ‘Ali Budchich qui a nourri toute la région avec ce plat appelé "tchicha" lors d’une grande famine. Ainsi la générosité est un principe fondamental de la Voie que nous devons nous rappeler à chaque fois que nous prononçons son nom.

Sidi Hamza al Qadiri al Budchichi qu'Allah l'agrée dit : « Les deux portes royales pour accéder à Dieu sont l'invocation (dhikr) et la générosité. »

Qu’Allah subhanahu wa ta’ala nous introduise auprès de Lui par toutes les Portes qu’Il a généreusement ouvertes pour nous. Amin

Wa Allahu 'alam

Wal hamdulillahi rabbi l’alamin
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