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Sagesse céleste: commentaires des Hikam par Cheikh al 'Alawi (Editions La Caravane)

Titre original:  Al-Mawâdd al-ghaythiyya an-nâshi’a ‘an al-hikam al-ghawthiyya « Les substances célestes extraites des aphorismes de sagesse de l’intercesseur divin ».

 

 

 

Les Mawâdd al-ghaythiyya an-nâshi’a ‘an al-hikam al-ghawthiyya sont l’œuvre la plus volumineuse du cheikh al-‘Alawî et constituent un authentique traité de soufisme contemporain à destination de ses disciples et, plus généralement, des adeptes de cette tarîqa d’origine shâdhilî. Cet ouvrage est un commentaire des hikam de Sîdî Abû Madyan (mort en 594/1198), le célèbre soufi originaire de Séville et enterré à proximité de Tlemcen, en Algérie.

 

 

Sîdî Abû Madyan «  ghawth »

Son nom complet est Shu’ayb Ibn Ahmad Ibn Ja’far Ibn Shu’ayb et son surnom Abû Madyan, en référence à son fils Madyan. Il est connu par la postérité comme le « Protecteur » ou l’ « Intercesseur divin », al-ghawth[1]. Il a passé son enfance en Andalousie où il est né vers 520/1126. Puis il partit étudier les sciences religieuses à Fèz, où il demeura jusqu’à avoir acquis les connaissances nécessaires. Lorsqu’il eut terminé son acquisition de la science extérieure, il commença à chercher ce qu’il y a au delà, c’est-à-dire la purification de l’intérieur et la connaissance des réalités spirituelles, ce qu’il fit auprès des gens de la voie, notamment auprès de Sîdî Abû Ya’za al-Maghribî dont il devint le disciple. A la Mecque, il rencontra le cheikh ‘Abd al-Qâdir al-Jîlânî qu’il fréquenta alors, apprenant grâce à lui de nombreux hadiths dans l’enceinte même de la Mecque. Le cheikh ‘Abd al-Qâdir lui transmis la khirqa du soufisme[2]. Lorsqu’il revint du pèlerinage et de ses pérégrinations, il s’installa à Bedjaia (Bougie). Il eut de nombreux disciples dans la plupart des régions du pays. En effet, il aurait formé près de 300 connaissants, sans compter les hommes vertueux. Il disait au cours de ses réunions spirituelles : « Le véritable maître, c’est celui qui te forme par sa façon d’être, t’éduque par son simple silence, et dont l’illumination éclaire ton intérieur ». Sîdî Abû Madyan al-ghawth mourut en 594/1198 âgé de plus de 70 ans, dans les environs de Tlemcen en Algérie, ville dont il demeure le patron. Il n’a pas laissé de traité à proprement parler, mais des recueils de sentences (hikam), dont son dîwân traduit par Dermenghem.

 

 

 

 

 

Cheikh al-‘Alawî

Né à Tidjitt, faubourg de Mostaganem, en 1869, Sîdî Ahmad Ben ‘Aliwa, plus connu sous le nom d’al-‘Alawî, était rattaché au soufisme depuis l’adolescence. Autodidacte, le cheikh al-‘Alawî n’a pas fait d’études officielles, mais il a vécu dans un milieu où l’éducation traditionnelle se basait sur la transmission familiale. La formation culturelle et religieuse du milieu social auquel il appartenait orientait de façon naturelle vers le soufisme. Après s’être résigné à assumer sa mission spirituelle, en tant qu’héritier de son maître et représentant d’une nouvelle branche de la Shâdhiliyya, le cheikh dut combattre sur deux fronts : la rénovation du soufisme, d’une part, et la confrontation avec le réformisme salafi, d’autre part. Durant vingt cinq années, jusqu’à son décès en 1934, il a composé une importante œuvre écrite, dont un dîwân et « Lettre ouverte à celui qui critique le soufisme », pour ne citer que les plus connus. Il a laissé un grand nombre de disciples et d’ « affiliés ». Il fut certainement la personnalité du tasawwuf la plus influente du siècle passé, et d’ailleurs de nombreuses branches actuelles du soufisme lui sont reliées, tant dans le monde musulman qu’en Occident.

 

La classification des hikam

«  Assurément, nous avons reçu quelque chose de son inspiration ». Par ces paroles, le cheikh al-‘Alawî précise qu’il a demandé intérieurement l’autorisation à l’auteur (Abû Madyan), avant d’entreprendre une classification des hikam, qu’il regroupa en fonction de leurs relations d’affinité. Au total, le cheikh a retenu 180 aphorismes, répartis en 18 chapitres qui correspondent aux principales étapes de la voie spirituelle. Il traite en premier lieu des vices de l’âme et des remèdes correspondants[3], puis suit tout ce qui se rapporte au respect des convenances spirituelles (adab), que l’aspirant (murîd) doit prendre en compte dans les différentes situations qu’il rencontre[4]. Puis il en vient à l’analyse des thèmes classiques du soufisme que sont la science utile (‘ilm an-nâfi’), le souvenir de Dieu (dhikr), la vigilance intérieure (murâqaba), la remise confiante en Dieu (tawakkul), l’indigence spirituelle (faqr), la pureté d’intention (ikhlâs), l’amour (mahabba), etc. Les derniers chapitres sont consacrés aux états, paroles et actes du ‘ârif, une fois qu’il a obtenu l’extinction (fanâ’) ; l’ensemble se termine par un chapitre sur l’anonymat (khumûl) du ‘ârif.

 

Citations

Page 129, 130 ; chapitre IV, « De la nature du maître éducateur et des qualités du disciple » : «  Le véritable maître, c’est celui qui te forme par sa façon d’être, t’éduque par son simple silence, et dont l’illumination éclaire ton intérieur ».

Commentaire : L’auteur en vient maintenant à définir ce qu’est ce « maître » auquel on doit s’en remettre pour suivre la voie. Il montre que c’est grâce à son caractère et à sa façon d’être qu’il fait progresser l’aspirant d’état en état, et non à force de discours recherchés. Seul son état peut influer sur l’état de l’aspirant, qui s’éduque alors grâce aux qualités du maître. Silencieux, assis, endormi, éveillé ou en quelque autre situation que ce soit, l’envoyé de Dieu était toujours une source d’enseignement pour ses compagnons. Ceux qui suivent vraiment sa voie sont pareils : ce sont leurs états qu’ils communiquent à leurs disciples.[…]

Page 240 ; chapitre XI, « Du renoncement et du contentement » :« Laisse ce monde à qui le cherche, et toi, cherche ton Seigneur ».

Commentaire : L’amour du monde enivre les gens et sa recherche les met dans un état second. « Tu verras les gens ivres alors qu’ils ne le seront pas » (22, 2). Il occupe tout leur cœur, leur conscience et même leur ouïe et leur vue : « Tu constates qu’ils te regardent, mais en réalité ils ne te voient pas »(7, 198) ; « sourds, aveugles et muets, ils ne comprennent rien »(2, 17) d’autre que ce monde, et rien excepté lui ne les intéresse ; ils fuient Dieu comme l’âne fuit le lion, « comme des ânes effarouchés fuyant devant le lion »(74, 50). Quand tu t’adresses à eux, ils n’entendent pas ; quand tu les conseilles, ça leur est égal, et ils te disent : « Nous entendons bien ! », alors qu’il n’en est rien (8, 21). Alors laisse ce monde, toi l’aspirant sincère, à qui se préoccupe uniquement de lui, et toi, cherche ton Seigneur, car les voies de Dieu sont très larges et Son royaume est incommensurable. […]



[1] Dans la hiérarchie spirituelle, « al-ghawth », le « Secours »ou l’ « Intercesseur », est l’un des saints dont la mission est de répandre la Vérité de manière universelle, par miséricorde pour les créatures.

[2] Cependant, d’après d’autres sources, Abû Madyan aurait également reçu la khirqa d’un soufi du nom de Abû ‘Abdallâh ad-Daqqâq, en même temps que l’autorisation d’enseigner (ijâza).

[3] Retenons particulièrement le 22ème aphorisme : « L’âme terrasse celui qui ne demande pas à Dieu de l’aider contre elle ».

[4] Le chapitre s’intitule « De la nature du maître éducateur et des qualités du disciple ». Le cheikh y décrit les caractéristiques du véritable maître éducateur et les convenances que doit observer le disciple à son égard.