1) Définition

Dans le cheminement spirituel (al-suluk) qui mène le croyant à Dieu, il y a différentes stations spirituelles (maqamat). Nous allons traiter de la station du tawakkul.

Le terme arabe tawakkul vient de wakâla qui veut dire mandatement ou procuration. On trouve 70 occurrences provenant de la même racine dans le Coran. Il procède au Nom Divin « al Wakîl » le Garant.

En général, on traduit tawakkul par : « remise confiance en Dieu » ou « abandon en Dieu »

C’est la confiance ferme (tiqa) dans ce qui est chez Allah. C’est de ne pas fonder d’espoir dans l’assistance des êtres humains [en dehors de Dieu]. (Jurjani)
 
 


Dans un autre verset, s’adressant au prophète (PBSL), Dieu dit : « Arrête-toi en compagnie de ceux qui invoquent Dieu matin et soir et qui cherchent son visage ». Ibn ‘Abbas, que Dieu les agrée tous deux, rapporte : « Quelqu’un demanda : « O Prophète ! Quelle est la meilleure personne à côté de laquelle on s’asseoit ». Il dit : « C’est celui dont la vue vous rappelle Dieu, dont les paroles ajoutent à votre science et dont les actes vous rappellent l’au-delà ».


Cet article a pour vocation d'apporter une introduction synthétique et succincte sur la définition de ce qu’est un hadith, quelques aperçus de la science islamique dite «du hadith» ainsi que des bienfaits spirituels qu'ils apportent.

 

 

 "« Il y a dans le dhikr plus de cent avantages
1 - Il chasse Satan, le réprime et le brise.
2 - Il entraîne l'agrément de Dieu .
3 - Il élimine les soucis et les angoisses du coeur.
4 - Il apporte au coeur la joie et l'allégresse.
5 - Il illumine le visage et le coeur.
6 - Il fortifie le coeur et le corps.
7 - Il attire la subsistance.
8 - Il revêt l'invocateur de respect, de douceur et d'aspect agréable.


Les Avantages du Dhikr d'Allah par ibn Qayyim al Jawziya

al Shaykh Abd al Qadir Isa rahimahullah dit dans son livre Haqaiiq at Tasawuf au chapitre sur les bienfaits du dhikr :

Ibn al-Qayyim al-Jawziyya a dit [dans son livre Al-wâbil assayib minal kalâm at-tayyab] à propos des avantages du dhikr:

« Il y a dans le dhikr plus de cent avantages

1 - Il chasse Satan, le réprime et le brise.

2 - Il entraîne l'agrément de Dieu .

3 - Il élimine les soucis et les angoisses du coeur.

4 - Il apporte au coeur la joie et l'allégresse.

5 - Il illumine le visage et le coeur.

6 - Il fortifie le coeur et le corps.

7 - Il attire la subsistance.

8 - Il revêt l'invocateur de respect, de douceur et d'aspect agréable.

9 - Il fait acquérir l'amour qui est l'esprit de l'Islam, le moteur de la religion et l'axe du bonheur et du salut. Dieu a suscité une cause à chaque chose et celle de l'amour (de Dieu) est inscrite dans la continuité de la pratique du dhikr. Celui qui veut gagner l'Amour de Dieu doit Le mentionner souvent. C'est que le dhikr est la porte de l'amour, son plus grand symbole et sa voie la plus droite.

10 - Il fait acquérir à l'invocateur l'autocensure (l'auto-observation) et le fait de s'introduire dans la porte qui mène au degré de l'ihssan (la perfection). Ainsi, il adorera Dieu comme s'il Le voyait. Il n'y a donc à l'insouciant aucune autre issue vers le rang de l'ihssan que celle du dhikr, de la même manière que celui qui demeure assis ne pourra jamais rejoindre sa maison (qu'en marchant).

11 - Il fait obtenir la qualité de « la remise confiante à Dieu dans toutes ses affaires » c'est-à-dire le retour à Dieu. Et celui qui se retourne souvent vers Dieu au moyen du dhikr, verra son coeur se tourner vers Dieu en toutes circonstances. Dieu devient ainsi son refuge et asile, son Protecteur contre les calamités et les malheurs de la vie.

12 - Il héritera une place rapprochée de Dieu. Ainsi en fonction de l'ampleur de son dhikr se situe sa position par rapport à Dieu. C'est dire que plus son dhikr est abondant, plus il se trouve dans la proximité de Dieu et plus son insouciance s'accroît, plus son éloignement s'accentue.

13 - Il lui ouvre une des plus grandes portes de la connaissance. C'est à dire que son savoir grandira au fur et à mesure que ses invocations se multiplieront.

14 - Il lui procure le respect mêlé de crainte de son Seigneur, Sa magnificence en raison de l'emprise que le dhikr a sur son coeur, et de sa présence constante avec Dieu. C'est le contraire de l'insoucian dont le voile du respect mêlé de crainte est trop épais dans son coeur.

15 - Il lui procure la mention que Dieu fera de lui, comme l'indique ce verset :

« Souvenez-vous de Moi et je Me souviendrai de vous » (Coran, 2/152).

S'il n'y avait que cela comme bienfaits du dhikr, cela suffirait comme mérite et noblesse.

Le Prophète -que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a rapporté ce que son Seigneur a dit :

« Celui qui se souvient de Moi en lui-même, Je Me souviendrai de lui en Moi-Même. Celui qui se souvient de Moi dans une assemblée, Je Me souviendrai de lui dans une assemblée meilleure. » [Cité par Bukhârî]

16 - Il réconforte la vie -même- du coeur. J'ai entendu le chaykh al-islâm Ibn Taymiyya dire : « Le dhikr est au coeur ce que l'eau est au poisson. Quel serait l'état du poisson s'il quittait l'eau ? »

17 - Il évacue la rouille du coeur. Chaque chose a sa rouille et celle du coeur, c'est l'insouciance et les passions irréfléchies ; et son polissage se fait par le dhikr, le repentir et la demande du pardon à Dieu.

18 - Il efface les fautes et les élimine complètement. Il compte au nombre des plus grandes oeuvres et celles-ci chassent inévitablement les mauvaises actions.

19 - Il détruit l'appréhension (al wahchat) qui sépare l'adorateur de son Seigneur. C'est que entre l'insouciant et Dieu, il y a une cloison (appréhension) qui ne peut être effacée que par le dhikr.

20 - Lorsque le serviteur fait la connaissance de Dieu à travers son dhikr pendant les jours heureux, il le connaîtra aussi pendant les jours sombres. En effet, lorsque le serviteur obéissant, qui invoque Dieu, est gagné par l'adversité ou demande à Dieu de satisfaire un de ses besoins, les anges disent :« Ô Seigneur ! C'est une voix connue d'un serviteur connu." Par contre, quand l'insouciant appelle Dieu et lui demande quelque chose, les anges disent: « Ô Seigneur ! C'est une voix inconnue qui provient d'un serviteur inconnu. »

21 - Il sauve du châtiment de Dieu, comme l'a indiqué Mu'âdh : « Il n'y pas meilleur salut vis-à-vis du châtiment de Dieu que le dhikr de Dieu. » [Cité par Tirmidhi.] - C'est la cause qui fait descendre la sérénité (sakîna), celle de la manifestation de la miséricorde et l'attirance des anges autour des invocateurs, comme nous en a informé l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -.

23 - Il occupe la langue, et de ce fait celle-ci ne commet pas de calomnie et médisance, ni de mensonge, ni turpitude ni de vaines choses. C'est que l'homme est obligé de parler. Donc s'il n'occupe pas sa langue à invoquer Dieu et à rappeler Ses prescriptions qu'il met en pratique, il lui donne toute la latitude pour verser dans le langage prohibé. Or, il n'y a pas de voie plus salutaire pour se débarrasser de toutes les formes d'insanité, que le dhikr. Les témoignages et les expériences le prouvent. En effet, celui qui habitue sa langue à invoquer Dieu, il la protège dès lors de ce qui est vain et des propos malsains.

Par contre, celui dont la langue omet le dhikr, il se laisse aller à la malfaisance et à l'immoralité. Il n'y a de force et de puissance qu'en Dieu.

24 - Les assemblées du dhikr sont aussi celles des anges. Quant à celles des paroles oiseuses et de la dissipation d'esprit, elles relèvent du domaine des démons. Que le serviteur opte pour ce qui lui convient. Son choix l'accompagnera toute sa vie et ira avec lui dans la vie dernière.

25 - L'invocateur éprouvera du bonheur avec son dhikr. La même sensation sera ressentie par celui qui prendra place à ses côtés. C'est là l'homme béni, là où il se trouvera. Quant à l'insouciant, son absence d'esprit et ses paroles inutiles le rendront malheureux. Celui qui le côtoiera 'souffrira des mêmes effets.

26 - Le dhirk préserve le dhakir des regrets du jour du jugement. C'est parce que la participation à toute assemblée, où le Seigneur n'est pas invoqué, sera source de regret et de désolation dans le jourdu jugement.

27 - Pour les larmes versées, (lors du dhikr) à l'abri de tous les regards, Dieu mettra son serviteur à l'ombre de Son Trône pendant la grosse chaleur du Jour de la résurrection.

28 - Se préoccuper du dhikr procure à l'évocateur une faveur de la part de Dieu, meilleure que celle qu'Il donne aux demandeurs. Selon Omar Ibn al-Khattâb, l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit : « Dieu dit : A celui qui est occupé par la lecture du Coran et par Mon dhikr, Je lui donne plus que ce que Je donne aux demandeurs. »

29 - Le dhikr est la plus facile des pratiques cultuelles mais il compte au nombre des plus magnifiques et des plus profitables. C'est que le mouvement des lèvres est plus aisé que celui des membres. Alors que si quelqu'un se met à bouger un de ces membres nuit et jour comme le dhakir (l'invocateur) bouge sa langue, cela l'épuiserait et le fatiguerait, et il lui serait impossible de continuer.

30 - Il constitue la pépinière du Paradis. Tirmidhi a rapporté ce bon témoignage de 'Abd Allâh Ibn Mas`ûd : « L'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit : « J'ai rencontré, au cours de mon ascension nocturne, Ibrâhîm al-khalîl qui m'a dit : « Ô Mohammad ! » Transmet mon Salam (mes salutations) à ta Communauté. Apprend-leurs que la terre du Paradis est pure (tayyibah), que son eau est d'une agréable saveur, qu'elle est formée de terrains encaissés et que les plantes de sa pépinière sont : Gloire à Dieu ! (subhana Allah) Louange à Dieu ! (alhamdou lillah) Il n'y a de dieu que Dieu (la ilaha illa allah) et Dieu est le plus grand (Allahouakbar). » »

31 - Les dons et les faveurs de Dieu correspondant au dhikr ne sont égalés par aucune autre pratique de piété. Bukhârî et Muslim ont rapporté ce hadîth d'Abû Hurayra : « Celui qui dit cent fois par jour : « Il n'y a de dieu que Dieu, Unique et sans associé, à Lui le Royaume, à Lui la louange, et en, toute chose, Il est omnipotent » aura une récompense égale à l'affranchissement de dix esclaves ; il lui sera inscrit cent bonnes oeuvres et cent mauvaises oeuvres lui seront effacées. Il sera, ce jour là, préservé de Satan du matin jusqu'au soir. Personne n'obtiendra une telle faveur, sauf l'homme dont - l'oeuvre sera supérieure à la sienne.

L'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit aussi dans le même ordre« Celui qui dit un jour cent fois : Gloire à Dieu et Louange à Dieu, verra ces péchés effacés, même s'ils sont plus nombreux que l'é***e de la mer. »

32 - La continuité de l'invocation du Seigneur, Béni et Très-Haut, sécurise l'homme contre l'oubli, celui-ci étant une cause des peines endurées par le serviteur dans sa vie présente et sa vie future. Oublier le Seigneur, Glorieux et Très-Haut entraîne l'oubli de soi-même et de ses intérêts. Dieu dit :

« Ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Allah ; (Allah) leur a fait alors oublier leurs propres personnes ; ceux-là sont les pervers. » (Coran, 59/19)

33 - Le dhikr propulse le serviteur, qu'il soit allongé dans son lit, qu'il vaque à ses occupations au marché, qu'il soit malade ou en bonne santé et qu'il soit dans un état qui le baigne dans le bonheur et de douceur. Il n'y a rien qui puisse produire de tels effets à tous les moments et dans toutes les circonstances à l'exception du dhikr.

Le dhikr fait avancer le serviteur alors qu'il dort dans son lit, à tel point qu'il devance celui qui est éveillé et insouciant : l'un se réveille ayant devancé le cortège, tout en étant allongé dans son lit, l'autre se trouve le matin debout en arrière garde. Ce sont les faveurs de Dieu ; Il les octroie à qui Il veut.

On a rapporté qu'un des adorateurs de Dieu a été l'invité de quelqu'un. Il se leva la nuit pour prier alors que l'homme demeura allongé dans son lit. Le matin, l'adorateur dit à l'homme : « Le convoi t'a déjà précédé. » Il reçu cette réponse : « L'intérêt n'est pas de voyager toute la nuit et se retrouver le matin avec le convoi mais c'est de passer toute la nuit dans son lit et de se retrouver le matin à la tête du convoi. »

Il y a dans cet événement du vrai et du faux. Il n'est pas juste de dire que celui qui reste allongé précède celui qui se lève la nuit pour prier.

Certes, le premier a attaché son coeur à son Seigneur et a accroché la graine de son coeur au Trône. Son coeur a passé la nuit à tourner autour du Trône avec les anges. Il s'est retiré de ce monde et de ce qu'il contient. Ce qui l'a empêché de se lever la nuit, c'est peut-être, parmi d'autres motifs, la douleur, le froid ou la crainte de rencontrer un ennemi dans l'obscurité. Cependant, Dieu seul sait ce qui se passe dans son coeur.

Le second s'était levé la nuit pour prier et réciter le Coran. Il est possible que son cœur renfermait la duplicité, l'orgueil et la quête de l'honneur auprès des gens au lieu de désirer la Face de Dieu. Il est aussi possible que son coeur errait dans un lieu et que son corps se trouvait dans un autre endroit.

Il ne fait aucun doute que, dans ce cas, celui qui était resté endormi, en se réveillant, aura précédé deplusieurs étapes celui qui s'était levé pour prier.

34 - Le dhikr est à la tête des fondements de la religion. C'est la voie suivie par l'ensemble des soufis. C'est le manifeste de la Sainteté. Celui à qui Dieu ouvre la porte du dhikr, Il lui a, par là même, ouvert la Porte qui mène vers Lui. Aussi, il est tenu de se purifier avant d'accéder auprès de son Seigneur où il trouvera tout ce qu'il veut. En effet, s'il trouve Dieu, il trouve (en même temps) tout (ce qu'il désire avoir). Par contre, Si le Créateur (Dieu) lui fait défaut, il aura tout perdu.

35 - Le dhikr est un arbre et ses fruits sont la connaissance et les états (spirituels) que le novice aspire à atteindre. Il n'y a pas une autre issue pour cueillir ces fruits si ce n'est de l'arbre du dhikr. Et chaque fois que cet arbre grandit, ses racines s'enfoncent davantage dans le sol et ses fruits deviennent de plus en plus nombreux.

Le dhikr fait acquérir effectivement toutes les stations : de la station de l'éveil à celle de la réalisation de l'unicité de Dieu (tawhîd) [voir le livre de ibnQayyim "les sentiers des itinérants"] . Il est à la base de toutes les stations et la fondation sur laquelle elles s'édifient, de la même manière que le mur se construit et s'élève sur ses fondations ou que le plafond repose sur les murs.

C'est dire que si l'homme ne se réveille pas de son insouciance, il ne lui sera pas possible de traverser les étapes de son cheminement qui le conduira à Dieu. Et il ne peut se réveiller que par le dhikr, car l'insouciance est le sommeil du coeur et peut être sa mort.

36 - L'évocateur est proche de l'Invoqué. Celui-ci est avec lui. Cette présence est tout à fait particulière. Elle n'est pas la même que Sa présence par Sa science, qui est une présence générale (avec toutes ses créatures). Cette présence de Dieu avec le dhakir est une présence qu'accompagnent la proximité, la sainteté, l'amour, l'assistance et la guidance. Dieu dit :

« Certes, Allâh est avec ceux qui L'ont craint avec piété et ceux qui sont bienfaisants. » (Coran, 16/128)

« Allâh est avec les endurants. » (Coran, 8/66)

« Ne t'afflige pas car Allah est avec nous. » (Coran, 9/40)

De cette présence, l'invocateur retire beaucoup d'avantages comme l'indique ce hadîth quodsi:

«Moi, Je suis avec Mon adorateur aussi longtemps qu'il M'invoque et que ses lèvres bougent en me mentionnant. » [Cité par l'imam Ahmad, Ibn Maja, al Hâkim et Ibn Habbân qui l'a authentifié]

Et dans un autre récit, Il a dit : « Les gens qui M'invoquent font partie de Mon assemblée. Les gens qui Me remercient font partie de ceux auxquels J'ajoute des faveurs. Les gens qui M'obéissent figurent au nombre de ceux pour lesquels Je Me montre Généreux. Quant aux gens qui me désobéissent, Je ne les frustrerai pas de Ma miséricorde s'ils se repentent à Moi car Je serai leur Bien-Aimé. C'est que J'aime les repentants et J'aime les purifiés. Par contre, s'ils ne se repentent pas, Je serai le Médecin qui leur fera subir de dures et pénibles épreuves afin de les purifier de leurs défectuosités. » [Cité par l'imam Ahmad dans son musnad]

Le produit de cette présence (de Dieu) n'a rien de comparable. Il est tout à fait spécial et se distingue de la présence que Dieu offre aux bienfaisants et aux pieux. C'est une présence qu'aucune expression ne peut vraiment définir et qu'aucun attribut ne peut cerner. En fait, elle ne se saisit que par le goût.

37 - Le plus noble pour Dieu, parmi les gens pieux, est celui dont la langue reste constamment douce à force de L'invoquer, car il a craint Dieu dans Ses ordres et interdictions, et il a fait du dhikr son emblème, la crainte lui rapporte le Paradis et le sauve de la géhenne comme rétribution et récompense. En outre, le dhikr lui rapporte la proximité immédiate de Dieu... Telle est la position la plus noble.

38 - Il y a dans le coeur une dureté qui ne peut fondre qu'avec le dhikr. Le serviteur doit soigner la dureté de son organe par le dhikr.

Hammâd Ibn Zayd a rapporté ce qui suit :
« Un homme dit à al-Hasan :
- « Ô Abû Sa`îd ! Je viens me plaindre à toi pour la dureté de mon coeur.»
- « Dissipe-la au moyen du dhikr.» »

C'est l'insouciance qui renforce cette dureté. Mais si Dieu est invoqué, elle fond comme le ferait le plomb dans le feu. C'est un fait, il n'y a rien qui puisse dissoudre le durcissement des coeurs que le dhikr.

39 - Le dhikr est le remède qui guérit le coeur. La négligence en est sa maladie. Les coeurs sont malades. Le dhikr est leur remède et le moyen de leur guérison. Makhûl a dit : « L'invocation de Dieu est une guérison et l'invocation des hommes est un mal. »[Cité par al-Bayhaqi]

Il a été dit : « Si nous sommes malades, nous nous soignons avec Votre dhikr. Tantôt nous délaissons le dhikr et nous rechutons. »

40 - Le dhikr est le fondement et l'origine de la loyauté constante envers Dieu. Par contre, l'insouciance est le fondement et la source de l'hostilité envers Dieu. Le serviteur continuera à invoquer son Seigneur jusqu'à ce qu'Il l'aime et le mette sous Sa tutelle, et inversement, s'il continue à être indifférent, il se mettra à Le détester et à en faire un ennemi.

Al-Awzâ'î a dit : « Hasân Ibn 'Atiya a dit : Un serviteur ne peut mieux se faire l'ennemi de « son Seigneur qu'en détestant Son dhikr et ceux qui le pratiquent. Or, cette animosité naît de l'insouciance, et amène à honnir le dhikr de Dieu et à exécrer les gens qui font du dhikr. C'est alors que Dieu les prend pour ses ennemis tandis qu'Il prend les gens du dhikr sous Sa tutelle. » »

41 - Celui qui invoque Dieu avec constance entrera au Paradis en riant, selon le dire d'Abû ad-Dardâ « Ceux dont les langues demeurent humides par la mention de Dieu entreront au Paradis en riant. »

42 - Le dhikr est un barrage entre le serviteur et l'Enfer. Si une oeuvre ouvre à ce dernier un chemin vers la Géhenne, le dhikr s'érige en barrage sur ce chemin. Et si le dhikr est constant, complet, il devient un barrage solide et ferme que rien ne peut traverser...

43 - Tous les actes cultuels ont été institués pour se souvenir
(se rappeler, invoquer...) L'objectif de ces actes cultuels reste entre autres la réalisation constante du dhikr (souvenir, rappel invocation...) Dieu dit : « Accomplis la prière pour te souvenir de Moi (pour Mon dhikr).»


tiré de Al-wâbil assayib minal kalâm at-tayyab, d'Ibn ,Qayyim al Jawziyya. Ce qui attire l'attention, c'est que Ibn Atâ Allah al Iskandari a cité ces mêmes avantages dans son livre « Miftâh al falâh » (p.30). Il les a reproduits dans les mêmes termes d'Ibn al- ,Qayyim avec quelques variantes simples, sans pour autant altérer la référence originale. Or, c'est un fait qu'Ibn 'Atâ Allâh est mort en 609 h, alors que le décès d'Ibn al-Qayyim a eu lieu en 751 h


source: http://www.islam-sunnite.com/article-4530599.html"

 

 

Le présent article est le résumé de la conférence de sidi Abdelhaqq Daniel Roussange lors de la conférence du 21 avril 2007 lors de la grande soirée au thêatre Adyar à Paris "Chants Soufies: Poésie des Coeurs":

L’amour du prophète dans le soufisme



L’amour est le principe des êtres existenciés. Selon le hadith qudsi : « j’étais un Trésor caché et j’aimai à être connu ». Cet Amour principiel se reflète dans la constitution du Prophète ; c’est pourquoi il est L’aimé d’Allah (Habibullah), celui dont la création procède de l’Amour, et il est la meilleure des créatures (Khayr al-bariyya). Le Coran et la sunnah exalte et incite le croyant à amour d’Allah et de son Prophète ; il suffit de citer ce hadith rapporté par Anas : « Aucun de vous n’est véritablement croyant, tant que je ne suis pas plus cher pour lui que sa propre âme » (lâ yu‘minu ahadukum hatta akuna ahabba ilayhi min nafsihi). Abû Sufyan, alors qu’il était encore parmi les opposants à l’islam naissant témoigna dans ce sens : « je n’ai jamais vu des hommes aimer autant un homme comme les compagnons du prophète aimèrent celui-ci ».

Mais pour les soufis, l’Amour de Dieu (al-mahabah) est inséparable de la (ma’rifat), seul celui qui connaît aime vraiment. Aussi Allah à fait descendre dans le cœur de l’homme la connaissance, et c’est par cette connaissance que se fait l’effusion d’amour. Cette connaissance est un dévoilement qui engendre dans le cœur de l’homme le mouvement d’amour. Le symbole de cet Amour divin et éternel, c’est le Vin. Il est la boisson de l’Amour divin qui provient de la contemplation des traces des plus beaux noms dit Nabulusi dans son commentaire du premier vers de la Khamriyya de Ibn al-Farid. Ce vin enivre les amoureux (al-ushâq) et c’est sa lumière que contemplent les cœurs des amants (al-muhibbun) qui ne font que répondrent à l’effusion divine ; car Dieu a dit : « Il les aime et ils L’aiment » (…yuhibbuhum wa yuhibbûnahu…V, 59).

La "Nur Muhammadi"



Quant au Prophète Bien-Aimé, le Seigneur des deux mondes et des deux catégories d’êtres, il est l’homme parfait, la pleine lune (Badru tammam), en lui s’épiphanise (tajallî) la Vérité. La pleine lune est une désignation de la lumière muhammadienne (nur al-muhammadi), par laquelle est dévoilé la beauté de l’Essence divine. Elle est celle à laquelle aspire l’amoureux et le disciple de la voie soufie par un désir ardent. Et c’est en s’identifiant à cette lumière Muhammadienne, «reflet de Dieu et récapitulation cosmique de la création » que la contemplation d’Allah est la plus parfaite, car Muhammad est la plus parfaite des créatures et comme le dit Ibn Mashish dans la salat al-mashashiyya, et il est «… le voile suprême tendu devant la Face divine… »

Bien entendu, nous sommes au cœur de l’expérience mystique, ou le Saint Prophète est aimé et vénéré à la fois dans sa réalité humaine et dans sa réalité intérieure et universelle, donc métahistorique, ainsi qu’il l’a énoncé lui-même dans un hadith rapporté dans le musnad de Ibn Hanbal : « J’étais prophète (Kunu nabiyyan) alors qu’Adam était entre l’esprit et le corps ».

Rappelons aussi pour terminer cette courte introduction que la doctrine soufie de la nûr al-muhammadî est fondée sur certaines données scripturaires, en particulier le verset 46 de la sourate 33 ou le prophète est qualifié par l’expression de « flambeau lumineux » (siraj munira). D’autre part, la biographie (sira nabawi), fait état de phénomènes luminescents qui ont accompagné sa nativité.

Il est donc naturel que la poésie, est en particulier le genre de la qasida soufie ait exprimé la vénération, la passion d’amour (al-hawa) et le désir ardent (al-ishq) pour le Bien-Aimé d’Allah. D’autant plus que la poésie fait un avec la mystique dans la mesure ou « le dire poétique dit l’indicible » comme le souligne Octavio Paz.

Rappelons que la tradition légitime la poésie - et par là même le samâ’- lorsqu’elle proclame les louanges d’Allah et de son prophète ou si elle incite aux comportements nobles. Selon un hadith rapporté par Ibn Ka’b, L’envoyé a dit : « Certes, il y a une sagesse dans certaines poésies ».

L’exemple des Mawlidiyya-s



La Mawlidiyya, est un poème composé à l’occasion du mawlid en l’honneur de la fête de la naissance du prophète, elle s’inspire de la fameuse banat Su’âd de ka’b b. zuhayr, si souvent imité par la suite. La plus célèbre de ces mawlidiyya à laquelle nous nous intéresseront est celle de al-Busiri (608-94=1212-97) connu sous le nom de al-burda (le manteau). Signalons aussi la mawliduyya du Qadi ‘Iyad dans son ouvrage Azhar al-Riyad publié par Al Maqqari et aussi La Nuzhat al-Hadi bi Ahbar al-qarn al-Hadi de al-Afrani (m. qui rapporte quatre mawliduyya qui ont été conservées ; dont celles de l’historiographe Abd al-Aziz al-Fishtali qui (956-1031/1549-1633) rapportent comment Ahmed al-Mansour al-Dhahabi, sultan saadien, (m. 999/1590) célébré le Mawlid.

Enfin Yusuf B. Ismail al-Nabhani auteur libanais du début du siècle a réuni une grande quantité de panégyrique du prophète. Ces panégyrique respectent le genre de la qasida en l’adaptant à l’apologie du prophète. On y trouve d’abord l’évocation traditionnel et nostalgique d’un campement (nasib), puis souvent un voyage allégorique à travers le désert (rahil) et enfin l’apologie du Prophète. Cette apologie emprunte au Coran, aux hadiths à la sira ou biographies du Prophète, tout en exaltant et en amplifiant les perfections, les vertus et les qualités du saint prophète.

Le panégyrique est toujours codifié et traite les thèmes suivants :

  • -annonciation de la venu du prophète Muhammad par les prophète antérieurs,
  • -la naissance et l’enfance du Saint Prophète
  • -les signes de la prophétie,
  • -la mission prophétique,
  • -ses caractères parfaits, sa noblesse et ses qualités (akhlaq)
  • -ses miracles et ses prodigues indénombrables
  • -son intercession universelle qui est une des faveurs qui lui est réservée



La Burda de L’Imâm Busiri al-Misri (1212/97)



Son auteur, étant aveugle, aurait recouvré la vue en composant. Le nom de la poésie signifie "le Manteau", désignant le manteau que le Prophète avait l'habitude de porter.

L'un des thèmes évoqués est celui du Prophète en tant que secret de l’univers (sirr al-Wujud). C’est grâce à Muhammad que le monde est sortit du néant. dans la Burda le poète dit :

« si ce n’était pour lui (Muhammad), le monde ne serait jamais sorti du néant ».

Le thème du sirr al-Wujud annonce celui de la lumière Muhammadienne (nur muhammadi) qui selon un hadith « est la première chose que Dieu créa » (awal shay’ khalaqahu Llah nurî) et par laquelle toute chose reçoit sa lumière.

« Tous les signes miraculeux accomplies par les nobles messagers n’ont pu l’être que grâce à la lumière dont Il les éclairait »
« En vérité il est le soleil de la grâce et eux n’en sont que les planètes qui réfléchissent sa lumière vers les hommes plongés dans les ténèbres ».


L’Envoyé d’Allah est comme l’enseigne le Coran une miséricorde pour les mondes (al-‘alamin).

Cette miséricorde se manifeste comme le rapporte une mawlidiyya dès la nativité :

« Noble nuit de sa nativité [qui répand sa Bénidiction] sur toud les temps, toutes les époques et toutes les générations »
(fa-akrim bi-laylati mîladihi ‘alâ kulli waqtin wa ‘asrin wa jil)

Quand aux qualités nobles du prophète elles sont chantées dans la Burda par les vers suivants :

« Il est comparable à la fleur par la délicatesse, à la pleine lune par l’élévation, à l’océan par la générosité, au temps par les aspirations.

Ses miracles furent nombreux ainsi que le dit la Burda :

« Que de malades n’a-t-il pas guérit par simple attouchement de la pomme de sa main ! Et que de malheureux n’a-t-il pas arraché ainsi à la démence ».
« Grâce à ses prières, l’année stérile devenait aussi fertile qu’une verdoyante année ».


Quand à sa prééminence sur les autres prophètes et la sublime et intime proximité qu’il connu avec Allah, elles sont évoquées dans les vers qui célèbrent le voyage nocturne et l’ascension du prophète.

« Tous les prophètes et tous les envoyés de Dieu t’ont mis à leurs têtes tel des serviteurs cédant le pas à leur maître »
« Tu as été élevé en une nuit jusqu’à ce que tu fusses à la distance de deux arcs, accédant à un degré jamais atteint et jamais espéré.
« Pour être mystérieusement uni en Dieu - et quel mystère ! et
recevoir un secret - et quel secret !»
« A deux arcs ou moins » (liqâb qawsîn aw adna) personne ne connut jamais l’essence du don que lui fit le Généreux »
« Il lui montra le secret qu’Il avait mis dans sa création, ainsi que ses commandements visibles et invisibles »


Enfin, évoquons le thème de l’intercession, qui loin de se limiter à la communauté musulmane, s’étend à toute l’humanité, elle est universelle et s’exerce sur toutes les communautés ; d’ailleurs nous savons que toutes celles-ci demanderont au Jour de la résurrection, par le truchement de leur prophète, l’intercession de Sayyidina Muhammad.

« C’est à Lui qu’incomberont les intercessions, lorsque frappera l’ordre [du seigneur] et que les peines redoubleront »
« O, la plus noble des créatures! Je n’aurai personne auprès de qui je puisse trouver refuge le jour de l’universel événement, en dehors de toi ».

« O, Allah, que les nuages de Ta bénédiction arrosent d’une pluie continuelle et abondante le Prophète ; tant que la brise d’est fera incliner les rameaux su saule musqué ; et tant que le chamelier charmera son troupeau par son chant »




L’amour du Prophète dans la qasida soufie



Le premier chant de gloire (qasida) composé en l’honneur du Prophète - souvent chanté dans le Samâ’ - tout comme dans les mosquées et les maisons - c’est lors de l’Hégire à l’occasion de l’arrivée du Prophète à Médine.

« La pleine lune se leva sur nous, du coté de thaniyyat al-wadâ’
(il s’agit d’une colline proche de Médine jusqu’à laquelle on accompagné les gens en partance pour Mekka),
il nous incombe la gratitude et la reconnaissance pour qui implore Allah en invocateur,
o! toi Envoyé vers nous, tu es venu avec l’ordre…, tu es venu vers la noble Médine,
Bienvenu, Toi le plus noble des apôtres ».

(tala’a al-Badruu alayna, min thaniyyâti al-Wada’a
wajaba al-shukran’alayna, ma da’â lillahi da’â…)


Cette lune qui désigne Le Prophète est aussi citée par ‘Umar Ibn al-Farid dans son "éloge du vin" (al-khamriyya), ce poême commence ainsi :

« Nous avons bu à la mémoire du Bien-Aimé un vin dont nous nous sommes enivrés avant la création de la vigne,
La pleine lune est son verre ; et Lui est un soleil que fait circuler un croissant, que d’étoiles resplendissent quand il est mélangé ».

(Charibna ‘alâ dhikri al-habîbi mudâmatan / sakirnâ biha min qabli an yukhlaqa al-karmu ;
Laha al-badru ka’sou wa hya shamsun yudîruha / hilâlun wa kam yabdû idha muzijat najamu)


Le Bien-Aimé, c’est le Prophète (ce peut-être aussi l’Essence divine), dont la création provient de l’Amour. Il est l’Aimé, l’Amant, le désiré, et le vin c’est le désir ardent de l’homme amoureux.

Quant à la pleine lune, c’est l’Envoyé qui réfléchit la lumière d’Allah (le soleil) vers les créatures (les étoiles). Cette lune est le verre, c’est à dire la plus parfaite des épiphanies, en la station de Muhammad ; réceptacle de tous les dons et de toutes les grâces.

Mais, les chants soufis vénèrent et le célèbre le Prophète en tant qu’il est pure miséricorde et source de l’existence et de tous les bienfaits dans la vie spirituelle ; même si il reste un homme (al-bashar).

« O! la meilleure des créatures, un regard vers moi, Tu es un trésor donné ;
O! Océan des miséricordes et couronne des justes, sois généreux envers moi par l’union contemplative avant la mort ».

(Khayr al-bariyya nazhra ilayya / ma anta il kanzu al-’atiyyah,
Ya bahr al fadl wa taja ‘adlin / judlîi bi-waslin qabl al-maniyyah ».

« O! livres des secrets, auprès de Toi le refuge, o! remède des cœurs, prière sur Toi ;
Tu es la manifestation de la Majesté dans la station de la beauté ;
Tout don qui nous provient est un flux de ton inépuisable miséricorde ;
Tu est l’Esprit de l’existence ; Tu es le secret du Livre, celui dont la parole discerne… »


l’Envoyé est honoré pour ces attributs, il est l’éclaireur des cœurs des connaissants (al-munir), il est le pur (al-Tahir), le guide des cheminants (al-hadi), l’élu des cœurs épris du désir d’amour (al-Mustafa), le guérisseur (al-shafî), le choisi parmi les Prophètes (al-mujtaba).

« O Toi qui désire l’élu (al-Mustafa), annonce l’exhaussement de tes souhaits,
Nous nous sommes désaltérés d’un verre du pureté, et que de sublimes instants nous sont offerts,
La lumière de la Beauté apparaît sur la face du soleil de la guidance ».

« O le plus noble des Prophètes, le plus parfait des élus, le sceau des Envoyés, tu es la saveur de mon cœur ,
O Toi qui est l’image (nuskhat) de l’univers, en toi est la synthèse des dons de la pré-éternité ;
Tu es celui dont l’intercession est immense, les créatures au Jour attendu contempleront ta bonté ».

« O! toi qui te lève des sphères de l’invisible,
Toi, qui descend dans le couchant des lumières des cœurs ;
La myrte du secret a embaumée [à partir] du jardin de l’intimité,
Nous sommes enivrés par la senteur des parfums de cette émanation.