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par le Pôle Moulay Abdelkader Al Jilani (1077-1166)

 

« Lorsque le serviteur rencontre une épreuve, il commence par vouloir la surmonter par ses propres forces. S’il n’y parvient pas, il cherche alors l’aide des créatures : les sultans, les hommes du pouvoir, les gens de ce bas monde, les riches ou bien les médecins lorsqu’il s’agit de maladies.

Et si cette tentative ne résout toujours rien, alors il se tourne vers son Seigneur par la prière, la supplication humble et la louange.

Ainsi, tant qu’il se sent capable de triompher par lui-même des obstacles, il ne se tourne pas vers les créatures ; et tant qu’il trouve assistance auprès d’autrui, il ne s’oriente pas vers le Créateur. Mais après cette dernière tentative, même s’il ne trouve pas de réponse auprès de Créateur, voilà qu’il se jette à Ses pieds dans un abandon total. Il persiste dans la demande et la louange, reconnaissant pleinement son impuissance et son indigence, avec à la fois, crainte et espoir.

A ce moment-là, le Créateur lui ôte la force même d’implorer, refuse de lui répondre, afin de l’amener finalement à se détacher de toutes les causes secondes et moyens habituels. Lorsque ce renoncement est accompli, le Créateur exécute Son Décret et manifeste Son Acte en lui. Le serviteur s’anéantit par rapport à tous les moyens et mouvements propres et demeure comme un pur Esprit (ruh). Il ne voit rien d’autre que l’Acte d’Allah (exalté soit-Il), atteint la certitude dans le tawhid ; attestant qu’il n’y a nécessairement point d’agent, en réalité, sinon Allah (exalté soit-Il). Point d’initiateurs au mouvement ou au repos, point de mal ni de bien, ni de préjudice ne de bienfait, ni de don ni de refus, ni d’ouverture ni de fermeture, ni de mort ni de vie, ni d’honneur ni d’humiliation, qui ne soient dans la main d’Allah.

Il devient alors par rapport au Destin comme le nourrisson entre les mains de la nourrice, ou comme le mort entre les mains du laveur de morts.

Absent de lui-même il devient entièrement englouti dans l’Acte de Son Seigneur. Il ne perçoit plus que Son Maître et Son Acte, ne reconnaissant nul autre dans tout ce qu’il voit, entend ou connaît.

Ce sont Ses Paroles qu’il entend. C’est par Sa science qu’il sait, par Son Bienfait qu’il se délecte, par Sa proximité qu’il est heureux, par Son rapprochement qu’il s’embellit et s’ennoblit. Par Sa Promesse il est apaisé et rassuré. Par Son discours, sa solitude se dissipe. De tout autre que Lui, il se désintéresse et éprouve répulsion. Il se réfugie avec assurance dans Son invocation.

Il découvre les merveilles de Ses sciences et est élevé à la dignité propre à la connaissance des secrets de Ses décrets. C’est à partir de Lui qu’il entend et prend conscience ; puis il loue et remercie pour ce privilège et adresse des prières. »

 

Extrait de Futuh al Ghayb